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Yann Arthus-Bertrand

http://www.yannarthus
bertrand.org

Par : Frédéric Brizaud

A l'occasion de la sortie du film La terre vue du ciel, Yann Arthus-Bertrand a bien voulu nous accorder cette interview pour nous donner ses impressions sur le film et nous parler de ses rapports avec les médias et Internet en particulier.

 


Après avoir publié "La terre vue du ciel" sur de nombreux supports, c'est dans les salles de cinéma, sous la forme d'un long métrage réalisé par Renaud Delourme, que nous allons cette fois découvrir ou redécouvrir votre travail. Pourquoi avoir choisi le cinéma?

C'est un projet qui m'a été proposé par Renaud Delourme il y a 4 ans et je l'ai accepté mais je n'ai pas pris part à sa réalisation sinon pour vérifier la qualité des images à l'écran. Je trouve intéressant l'aspect expérimental de ce film ; c'est la première fois qu'on réalise un film composé de photographies et en 35 mm. L'équipe de Renaud Delourme a beaucoup travaillé sur ce film et c'est toujours valorisant de savoir qu'on s'investit sur votre travail. Et j'aime ce film…

photographieN'avez-vous pas peur que le public finisse par se lasser de "La terre vue du ciel"?


Je n'en sais rien, je ne me suis pas vraiment posé la question. Je pense par contre que le film arrive un peu tard par rapport à ces images du début.


Pensez-vous que vos images aient permis à la société de prendre conscience des problèmes liés à l'environnement ?


photographieC'est une question que l'on me pose souvent, et à laquelle je suis incapable de répondre. Je pense que l'important est de prendre conscience de sa propre responsabilité personnelle. Jean Monnet a dit une phrase très belle : "Je ne suis ni optimiste ni pessimiste, je suis déterminé". Nous sommes très déterminés. Je me considère comme un témoin plutôt que comme un artiste et à ce titre j'apporte ma pierre comme d'autres le font à leurs façons. En tant que photographe, j'ai un travail de "passeur de messages", mais ces messages je les reçois aussi par d'autres (les scientifiques par exemple). Je crois que l'écologie, le développement durable c'est se tourner vers les autres et comprendre qu'il y a en tant qu'être vivant des choses à faire. Mon travail tend vers cela.


Vous êtes sans conteste le photographe Français le plus populaire et le plus médiatisé de ces quinze dernières années. Comment gérez-vous votre rapport avec les médias ?


photographieMes rapports avec les médias sont plutôt bons. Je crois être presque trop présent dans les médias. A partir du moment où vous êtes un peu connu, vous servez un peu de "bouche-trou" dans les émissions de télévision (en particulier les émissions de variétés). Je reçois beaucoup d'invitations et en refuse beaucoup. J'essaie de ne participer qu'aux émissions qui parlent de sujets qui correspondent à mon travail.


Vous avez trois sites web : www.yannarthusbertrand.org, www.yannarthusbertrand2.org et le site de votre agence, www.altitude-photo.com tous extrêmement bien conçus et régulièrement mis à jour. Pourquoi cette volonté d'être aussi présent et actif sur Internet?


Ces sites génèrent environ 25000 connexions par jour, et je reçois entre 50 et 100 mails chaque jour. Je réponds pratiquement à tous les mails, en quelques mots. Cela permet de créer un lien avec les gens. Internet est un moyen facile de faire passer des messages.


Vous êtes l'un des rares photographes professionnels à permettre aux internautes de télécharger gratuitement 1000 de vos images pour une utilisation en fond d'écran. Est-ce une façon d'exprimer que certaines choses n'ont pas de prix ?


photographieEn tant que photographe, on passe beaucoup de temps à demander des choses aux gens, cela me parait normal de donner à mon tour. J'estime personnellement que plus on donne, plus on reçoit. Il me paraîtrait ridicule de faire payer ces images pour une utilisation en fond d'écran et c'est une manière de les faire connaître et de faire prendre conscience aux gens de la fragilité de notre planète.

Ces images sont d'ailleurs très souvent utilisées sur des sites personnels sans autorisation. A partir du moment où le but n'est pas commercial, et où mon travail est respecté, cela ne me dérange pas trop : je crois que les images sont faites pour se "balader". C'est même plutôt valorisant et parfois amusant : lors d'une exposition en Corée, j'étais dans le métro et la personne devant moi avait sur son portable une image de La terre vue du ciel, sans même avoir le nom de l'auteur, ni savoir d'où venait l'image…


Chronique par Frédéric Brizaud

Site : www.photophiles.com

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