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Roger Ballen

Roger Ballen
La chambre d'ombres

photographieL'exposition de Roger Ballen commence par un recueil d'Antonin Artaud puis les citations de celui-ci scandent le parcours. Parallèlement des photos de Diane Arbus accompagnent le début de l'exposition, ce n'est pas pour autant qu'il en revendique l'influence même si les univers traités par l'un et l'autre ont des affinités. Les sujets abordés sont des hommes atypiques et déconcertants par leur étrangeté. Ils sont toujours à l'extrême limite de la raison et de la folie.

photographieLa chambre est un univers clos replié sur lui-même, une cellule intime qui dénonce et dévoile les travers de l'état mental. Les photographies de Roger Ballen explorent cet espace fragile tout en respectant la nature de chacun de ses modèles. Même si les photographies sont prises dans leur quotidien, ils ont accepté la mise en scène de leur corps. Ils sont souvent allongés, de trois quart, c'est la position du repos et du sommeil qui les confine encore davantage dans leur esprit plus ou moins apaisé. Parfois, ils sont de face et regardent le spectateur fixement sans aucune pudeur jusqu'à l'indécence. Le caractère comique, décalé de certaines situations donne une distance si bien que les personnes deviennent attachantes. photographieRoger Ballen introduit souvent des fils de fer ou barbelés  qui s'affirment comme des éléments graphiques déterminants. Au delà de l'aspect symbolique, c'est davantage leur plasticité qui est mis en exergue. Le graphisme est fondamental surtout qu'il est directement présent notamment à travers des dessins qui sont sur les murs. Même primitif, le dessin est la révélation encore une fois d'un état mental. La composition est révélatrice du style de Roger Ballen dans un format carré qui renforce l'idée du cloisonnement, le sujet doit faire face à une étendue qui plane au dessus de lui. L'espace apparaît envahissant et engloutit celui qui l'occupe, il est la trace de l'âme en souffrance. Dans Twirling wires, un immense amas de fil de fer barbelé est suspendu tel un nuage orageux ou un essaim de frelons au-dessus d'une tête totalement asphyxiée et comprimée entre lui et le cadre du format photographique. Seul, le regard levé au ciel et épeuré surgit alors que tout le reste du corps est camouflé dans une couverture grise.

photographieRoger Ballen est un photographe qui vit en Afrique du Sud, il est géologue de formation. De ce fait, avec son appareil photographique, il est un explorateur des tréfonds de l'âme dont il en révèle le caractère sombre mais avec une grande beauté plastique en noir et blanc. Sa mère était collaboratrice à l'agence Magnum ce qui lui confère des prédispositions à observer le monde en image. Ses photographies n'ont rien à voir avec un état des lieux de la condition sociale des personnes qu'il photographie, elles sont davantage sa source d'inspiration lui permettant d'établir une réflexion plastique.

Laurence BAGOT

Infos pratiques 

Roger Ballen
La Chambre d'ombres
Jusqu'au 26 mai 2006
Bibliothèque Nationale de France
Site Richelieu - 58, rue de Richelieu - Paris 2e
Mar-sam 10h-19h, dim 12h-19h.
Tél. : 01 53 79 59 59


Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Laurence Bagot
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