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Philippe Poulet

Philippe Poulet


http://www.defenseprod.com


Par : Frédéric Brizaud


Philippe Poulet a publié plusieurs ouvrages photo, dont le dernier "1er RPIMa, Qui ose gagne" vient de paraître. La plupart de ces ouvrages sont consacrés à des professionnels évoluant dans des milieux "hostiles". Ses images, visibles sur le site www.defenseprod.com, restituent un bon aperçu de son travail et de la difficulté de ce type de prises de vues. Nous l'avons interviewé pour en savoir plus sur ces méthodes de travail.


Vous êtes ce que l'on appelle "un photographe de l'extrême", comment vous est venue cette passion?


photographieJ'ai commencé en faisant principalement des photos d'escalade, un sport que je pratique depuis longtemps. A l'époque, dans les années 80, je côtoyais les meilleurs grimpeurs du moment, il m'était donc facile de faire des images dans toutes les voies dures. J'ai été contacté par des magazines de montagne qui cherchaient des photos d'eux dans leurs nouvelles réalisations et c'était parti !!!!

J'ai ensuite travaillé sur les autres sports de montagne (alpinisme, parapente, cascade de glace, canyoning, ski, snowboard... etc.) et de fil en aiguille sur des sujets d'aventure en général. Savoir se débrouiller seul, dans la nature est un avantage énorme !

C'était la grande époque du " Fun " et le début des aventures organisées. Au service des sports de Sygma, j'ai suivi le premier " Raid Gauloises " en Nouvelle-Zélande, dont j'ai réalisé le livre avec Stéphane Compoint. Heureusement que nous avions eu le contrat du livre... C'était en 1989 et dans l'avion du retour, nous avons appris la chute du mur de Berlin... C'est vous dire si les rédactions avaient d'autres choses à publier que le Raid Gauloises !!! Je suis ensuite parti dans " la maison d'à côté ", chez Gamma, où nous avons monté le service de sports avec une bonne équipe de photographes et nous avons surfé sur la vague de tous les nouveaux sports qui arrivaient. Je suis toujours resté basé à Grenoble et dès qu'il y avait un sujet "glacial " c'était souvent pour moi... L'Alaska, la Sibérie en plein hiver... c'est pour Poulet... il est à la montagne, il est habitué... mais j'aurai bien aimé aussi faire les compétitions de surf à Haiwai !


Vous photographiez principalement des militaires, gendarmes, pompiers en pleine action. Est-il difficile de s'introduire dans ce genre de milieux et d'obtenir les autorisations nécessaires?


Depuis environ 5 ans je travaille presque exclusivement sur le domaine de la défense, plus particulièrement avec l'Armée de Terre et la Gendarmerie. Les autorisations sont à demander aux différents SIRPA qui gèrent les relations presse. Etre connu mais surtout reconnu pour son travail aide bien évidemment. Après, tout se joue sur la confiance.

Je fixe les limites avec le commandement pour chacun des reportages. Plus on touche à des sujets sensibles, voire très sensibles... plus il faut s'y tenir. Quand on demande de ne pas photographier, on ne photographie pas. Quand on demande de ne pas parler de ce que l'on peut être amené à voir, on n'en parle pas. Rien de plus simple. Jouer aux "cow-boys" et faire des "embrouilles" ne sert à rien... Tous les chefs de corps se connaissent, c'est un milieu infiniment petit ! Une seule erreur et toutes les portes se ferment... pour très longtemps !


Comment parvenez-vous à faire votre travail de photographe dans des conditions que l'on imagine souvent périlleuses?


Simplement les activités sportives de nature que j'ai photographiées - et donc pratiquées - pendant de nombreuses années m'ont permis d'être à l'aise dans des conditions qui peuvent paraître extrêmes mais qui ne le sont pas si l'on maîtrise l'environnement où l'on évolue.

photographieMais la majorité de mes images sont complètement montées, donc l'environnement maîtrisé.... Rien n'est pris sur le vif comme on pourrait le penser... J'effectue beaucoup de recherches sur les sujets que je vais traiter, par Internet ou dans des livres ou des revues. Je me rends souvent sur place simplement pour me faire présenter les méthodes d'actions et le matériel employé. Je discute alors avec les intéressés. Ensuite je leur soumets des scénarios d'images qui me paraissent probables, à la fois photogéniques mais surtout réalistes par rapport à leur métier. On fait ensuite le point des moyens qu'il nous faut, en hommes, en matériel et... action !

Bien évidemment tout cela n'est faisable qu'avec une parfaite collaboration. A chaque fois, je suis étonné par l'incroyable coopération de tous. La plupart du temps, les unités que je photographie ne l'ont jamais été trop auparavant et en fait les gars sont très fanas qu'on les voit enfin ! et j'essaye de bien les mettre en valeur en plus !!! Donc ça se passe toujours très bien.

Travailler dans des conditions périlleuses ??? Le péril c'est quand on se sait pas ce que l'on fait... que tout est mal géré et mal organisé. Je pense qu'il faut avant tout être en adéquation avec la scène et le milieu où l'on va travailler. Faire une photo dans un étang recouvert de glace, oui c'est périlleux si on est en basket et en jean mais en combinaison étanche cela l'est beaucoup moins...Faire une photo à la porte d'un hélicoptère c'est périlleux si on n'a que la ceinture du siège... (d'ailleurs on peut difficilement faire une photo comme ça...) mais avec un baudrier, deux cordes et surtout un masque de ski (pour le souffle du rotor) ça ne pose aucun problème. C'est une simple question de préparation du reportage et c'est souvent là où se fait la différence...


Avez-vous une anecdote à ce sujet?


Une anecdote... Disons que généralement les gars sont plutôt surpris de me voir débarquer avec 300 ou 400 kilos de matériel... Une simple petite photo sous-marine qui va prendre juste 1/2 heure nécessite un matériel conséquent... De même pour ré éclairer l'intérieur d'un égout ou d'un hangar...

Il suffit que je doive faire des images en hélico pour le même sujet... Il faut alors prévoir toute une panoplie de vêtements chauds car à 4000 m, à la porte de l'hélico, durant 2 ou 3 heures de vol, à 200 km/h, il fait plutôt frisquet... Quelques images un peu en hauteur... je prévois alors tout le matériel d'alpinisme nécessaire à pouvoir me placer exactement où je veux. Et c'est encore 100 kilos de cordes, sangles, mousquetons et autres babioles...


photographiePour reprendre l'histoire du lac gelé... En fait je terminais des photos avec l'équipe de plongeurs du 13ème RDP (le régiment du renseignement Français). C'était en plein mois de février, dans l'Est de la France et normalement il était prévu de faire des drops (des sauts dans l'eau depuis un hélicoptère). Arrivés sur place, on se rend compte que le lac avait gelé pendant la nuit, donc impossible de dropper... Ils commencent alors à repartir, bien heureux d'échapper à la douche glacée. Je les réunis et leur explique que nous n'avons qu'un jour pour bosser ensemble, que ces images sont vraiment primordiales pour le livre, qu'ils doivent donc casser la glace et que je reviens d'ici une heure... Léger froid, c'est le cas de le dire, dans l'assistance... Ils partent chercher des haches et des masses et cassent la glace, sûrement en me maudissant ! Je reviens une heure plus tard et là, surprise, j'enfile ma combinaison étanche et je me mets à l'eau avec eux, équipé de mon Nikonos. Ils ont alors bien compris que je m'investissais autant qu'eux et que je n'hésitais pas à me mouiller pour réaliser de belles images qui les mettaient en valeur. Nous avons superbement travaillé le reste de la journée, la série a fait la double page d'ouverture du reportage publié dans VSD et la couverture d'un livre consacré aux Forces spéciales !


Utilisez-vous un matériel particulier, adapté à votre activité?


J'utilise du matériel qui est, me semble-t-il, classé comme amateur dans les magazines photo...

Je suis fidèle à Nikon depuis mes débuts, c'est très fiable, les optiques sont bonnes et le fill-in au flash est incomparable.


Depuis quelques mois je suis passé en numérique, avec un D100 et je garde un F80 et un F5 sous la main... mais à vrai dire je ne les ai pas sortis depuis l'achat du D100... Le livre sur les Forces Spéciales est réalisé avec à 99 % et le résultat des 6 millions de pixels est remarquable malgré un format de 54 cm ouvert ! Allez les fabricants encore un petit effort sur les pixels et l'argentique sera définitivement mort...


Question préparation du matériel, tout est recouvert de scotch ou de petite mousse car mon matériel " traîne " souvent par terre, ou contre une paroi... Cela protège pas mal... Mes courroies d'appareil sont doublées, voire même triplées avec des cordelettes ainsi que les diverses attaches de mon gilet photo et mon matériel est continuellement relié à mon gilet par des mousquetons. Il pend souvent au-dessus du vide...


Vous venez de sortir un ouvrage sur le 1er RPIMA, préfacé par Michèle Alliot-Marie Ministre de la Défense, quel est votre prochain projet ?


Cet ouvrage sur le régiment des Forces Spéciales Françaises est le premier livre qui leur est consacré. C'est la première fois qu'un photographe pouvait travailler avec cette unité. J'avais auparavant réalisé deux autres livres photographiques (des "premières" également...) sur le renseignement militaire Français et certaines de leurs unités "discrètes", le 13eme RDP entre autre. Cela amène pas mal de contacts intéressants, une certaine "confiance" et une reconnaissance de sérieux et de qualité de mon travail.


photographieJ'ai pas mal de projets pour l'année 2004 mais tous ne sont pas concrétisés pour l'instant... il est un peu tôt pour en parler... Si tout va bien je devrais sortir 4 ou 5 livres entre 2004 et 2005. Ce qui est sûr c'est un nouvel ouvrage sur les unités de secours en montagne (gendarmes, CRS et pompiers) qui paraîtra à Noël prochain aux éditions Libris, un éditeur spécialisé dans les ouvrages sur le milieu montagnard. J'ai déjà travaillé la saison dernière au PGHM de Chamonix et j'y retournerai l'été prochain pour finaliser le reportage. Au printemps je travaillerai avec différentes unités des Grimp des pompiers et des CRS de montagne. C'est le cas typique où mon passé de " grimpeur " me sert particulièrement ! Je peux suivre les gars en intervention réelle sans être un " poids mort " pour eux... Cet été, après 2 ou 3 jours de "jaugeage" je me suis retrouvé complètement intégré aux secours.

De plus j'avais déjà sorti, il y a une dizaine d'années, le premier livre photo consacré à ces équipes. Cet ouvrage est, en quelque sorte, devenu une "référence". Tous les gars l'ont dans leur bibliothèque et ils sont donc tous ravis de participer au prochain... Mais c'est un sujet que j'estime difficile à photographier. Je présente le côté "obscur" d'un milieu que j'affectionne particulièrement...

On photographie la douleur des gens et la mort est présente presque tous les jours. J'essaye de ne pas avoir un regard de "charognard" comme pas mal d'autres photographes ont pu l'avoir... (Certains sont carrément "interdits de séjour" dans des postes de secours...). J'aime la montagne et tous ses sports "extrêmes". Je les pratique et demain ce sera peut-être moi qu'il faudra venir chercher...


Là est la différence avec de simples " voyeurs " qui ne comprennent rien du tout à ce qu'ils photographient... J'essaye de montrer avant tout le travail remarquable des secouristes et la beauté de la montagne. Les gars le comprennent bien quand ils me voient choisir mes angles de prises de vues mais certains m'ont reproché de ne pas montrer assez la dure réalité des choses ! ! !

Ressources web :

http://www.defenseprod.com
http://ppoulet.free.fr
http://www.calanques.info

Chronique par Frédéric Brizaud

Site : www.photophiles.com

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