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Dans les pas du SIDA

Dans les pas du SIDA

http://www.lespasdusida.info


Par : Frédéric Brizaud


Dans un précédent numéro, nous vous avions présenté les panoramiques réalisés par Mickaël Therer. A l'occasion de la mise en ligne de son nouveau reportage Dans les pas du sida, nous avons souhaité l'interviewer pour en savoir plus sur le contexte de ses travaux.


Vous présentez sur votre site www.lespasdusida.info un reportage très émouvant sur le sida, qu'est-ce qui vous a mené jusqu'au Mozambique ?


J'avais déjà réalisé un reportage panoramique au Mali (www.mediapiculture.net/360days/msf/) en octobre 2005, l'expérience était concluante mais le reportage n'était pas abouti. J'avais envie de pousser l'expérience plus loin, MSF m'a fait confiance et m'a proposé de les accompagner au Mozambique pour rendre compte de la situation sanitaire là-bas.


Vos photos sont des panoramas 360°, c'est un format "de luxe" habituellement utilisé dans l'immobilier ou le tourisme, pourquoi l'avoir choisi pour un reportage humanitaire ?


photographieL'utilisation du 360° sur l'Internet est souvent cantonnée à la visite virtuelle de jolis intérieurs inhabités. C'est peut-être du au fait qu'elles sont le plus souvent réalisées pour des agents immobiliers et que les photographes s'intéressent peu à cette technique à mi-chemin entre vidéo et photographie. Je pratique le panorama depuis 1998, et dès cette époque j'ai eu envie de l'utiliser en reportage. La généralisation des accès à haut débit et l'évolution des appareils numériques rend maintenant tout à fait possible ce type de reportage.

La photographie de reportage traditionnelle répond à des conventions très strictes, la responsabilité des photographes de presse face à la réalité est très codifiée et aucune manipulation n'est tolérée. En 360° c'est très différent, je crois que les assemblages panoramiques et leur diffusion en ligne défient notre perception de la "réalité" photographique. Sans se substituer à la photographie traditionnelle, ils proposent une autre vision plus contextuelle des scènes photographiées. Le spectateur est libre de naviguer dans l'image et d'explorer à sa guise ce qui serait hors-champ dans une photo classique.


Votre présence au sein d'une équipe de MSF vous a-t-elle permis de photographier ces malades avec un regard différent?


Oui bien sur, je suis introduit et ma présence est expliquée à toutes les personnes photographiées. Sans le soutien de MSF, je n'aurais jamais pu réaliser ce reportage.

photographiePour réaliser ces images je suis presque toujours très près des personnages, au coeur de leur intimité et sans la distanciation que procure souvent l'appareil. Ici il n'y a pas de visée dans l'objectif, durant toute la séance on est les yeux dans les yeux avec le sujet et même on se touche parfois, c'est très différent de prises de vues traditionnelles. Cette proximité dans un contexte médical crée une tension très forte avec les sujets, qui sont, malgré ce qu'on pourrait croire, très conscients du pouvoir de l'image.


Vos photos sont accompagnées de texte et de votre commentaire sonore, est-ce pour vous une manière de renforcer le poids des images en nous racontant l'histoire de chaque photographie ?


Pour moi débarqué d'Europe, le sida me semblait être une maladie sous contrôle. La réalité sanitaire africaine est bien différente. On a passé de longs moments sur place à questionner chaque patient, et tout a été enregistré. A mon retour en Belgique j'avais près de 10 heures d'interviews en Portugais et une soixantaine de panoramas mais l'image seule ne pouvait pas témoigner de tout ce qui se joue là-bas. Donner un espace sonore à l'image renforce l'impression d'être plongé au coeur d'une réalité et j'y ajoute mon témoignage qui aidera peut-être à mieux comprendre la scène.

Chronique par Frédéric Brizaud

Site : www.photophiles.com
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