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Interview F. Montenot

François Montenot

www.photosenaveugle.fr

François Montenot n’est pas un photographe comme les autres. Non-voyant depuis l’age de 13 ans, ce sont pourtant bien les photographies qu’il a réalisées que vous pouvez découvrir sur son site http://www.photosenaveugle.fr

photographieVous êtes aveugle (non-voyant) et pourtant, il y a un an, vous avez décidé de vous mettre à la photographie. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche?

Tout a débuté sur une boutade, le jour où ma compagne m'a demandé de la prendre en photo... Elle a frappé dans ses mains pour que je la situe et le cliché fut réussi. D'abord séduit par cette technique qui me donnait l'impression de maîtriser le visuel, j'ai, après réflexion, pensé qu'un photographe aveugle serait plutôt ridicule qu'original.

Mais face aux encouragements de mon amie qui estimait que l'image n'était pas l'apanage des voyants, j'ai commencé à faire des essais avec son compact. Au départ je me suis limité à prendre, de nuit, afin de ne saisir que ce que j'avais touché, des gros plans de fleurs. Puis, gagnant  en assurance, j'ai photographié, de jour, des arbres par en dessous, sans perdre le contact avec le tronc, mais en ouvrant vers le ciel et l'infini et surtout découvrant que je pouvais jouer avec le soleil qui filtrait entre les branches. La passion était née.

D'autant qu'à la description de certaines prises, j'ai compris que ma cécité n'était pas un obstacle à mon épanouissement dans la photographie mais un atout du fait de la perception particulière que j'ai de la nature et que je souhaite faire découvrir.

Pour ce faire, il y a un an, je me suis documenté, via Internet, quant à la technique de prise de vue en mode manuel (indispensable pour adapter l'image à ma réalité) et ai acheté un appareil photo dont j'ai mémorisé les menus et les multiples réglages afin d'être autonome

Ce qui étonne dans vos images c'est qu'il y a une vraie composition. Comment faîtes-vous pour définir vos cadrages?

photographieLa détermination du cadrage dépend de plusieurs facteurs, selon que je sois seul ou accompagné et que je connaisse ou non le lieu choisi. Chaque situation peut également induire une approche différente en fonction de l'identification du sujet par son parfum, par un bruit révélateur (celui de l'eau qui coule, par exemple), mais aussi par le toucher, qu'il soit de mon fait ou qu'il résulte d'une rencontre brutale entre mes pieds et un enchevêtrement de racines ou de branches... D'autre part, la localisation d'une source lumineuse se fait grâce à mon faible reste visuel, à la chaleur d'un rayon de soleil sur mon visage mais également à l'aide d'un appareil électronique qui transforme l'intensité lumineuse en un signal sonore dont l'étendue va du grave pour le sombre en montant dans les aigus au fur et à mesure de l'augmentation de la luminosité. Il arrive aussi que je demande à mon accompagnatrice de me décrire le paysage lorsqu'il m'est physiquement inaccessible. Puis, une fois le sujet déterminé, j'appuie l'appareil photo sur ma bouche ou sur ma poitrine pour que celui-ci soit toujours dans un bon alignement et fais plusieurs prises en me décalant graduellement en fonction de l'environnement. En finalité, de retour à la maison, ma compagne me décrit finement et objectivement chaque cliché dont    je ne retiens que ceux qui correspondent le mieux à la représentation mentale que je m'en suis faite sur le terrain. Pour l'anecdote, il arrive que certaines photos soient effacées, parce qu'elles ne sont pas le reflet de mon imagination, alors que mon amie trouvait la composition intéressante.

La lumière est sans aucun doute l'atout majeur de votre travail, mais que pensez-vous que la couleur apporte à vos photographies?

photographieLa couleur, outre le fait qu'elle soit le reflet de la réalité, est, avant tout la projection de ma mémoire. Effectivement, comme j'ai vu, imparfaitement mais en couleur, jusqu'à l'âge de 13 ans, je fais appel, depuis lors, à mes souvenirs pour imaginer ce qui m'entoure. Elle est donc le complément indispensable de ce que mes yeux perçoivent aujourd'hui (le noir de l'ombre et le blanc aveuglant de la lumière vive), compte tenu que dans mon idéal elle représente la beauté et la vie. Et que c'est cette facette de moi que je veux montrer.

On dit souvent que Beethoven était sourd, avez-vous l'ambition de devenir le Beethoven de la photographie?

Oui, si on prend en compte la métaphore sous-entendant  la situation paradoxale entre le handicap et la pratique artistique ou si l'on considère la notoriété due à la qualité des oeuvres. Cependant, je mets, dans ce parallèle, un bémol, en précisant que Beethoven était un génie et qu'il serait bien présomptueux de ma part de me considérer comme tel. En conclusion, je tiens à préciser que j'ai à coeur de « sortir des clichés » liés à mon handicap, sans toutefois le renier parce qu'il fait partie de ma personnalité.

Ressources web :

Le site de François Montenot
http://www.photosenaveugle.fr


Chronique par Frédéric Brizaud

Site : www.photophiles.com
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