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Sebastiao Ribeiro Salgado

SEBASTIAO RIBEIRO SALGADO (1944 - …. ) Photographe Humaniste

photographie

Par Michel Lecocq 

" La couleur m'empêche de me concentrer sur la dignité des gens, sur la densité de leur attitude ou de leur regard "
Sebastiao SALGADO  

Sebastiao Salgado est sensible à l'humanité, tant

que parfois cela devient du voyeurisme ou de la mise en scène pathétique mais par delà ces critiques justifiées ou pas, il n'en est pas moins l'initiateur d'une certaine photographie qui met l'être humain au cœur des préoccupations du monde : famine, pauvreté, exode, travail sont des mots qui sans cesse résonnent dans nos têtes à la vue d'un de ces clichés. La dénonciation est là, renforcée par la prise de vue en noir et blanc, toujours. Mais comment pouvons-nous comprendre une démarche aussi abrupte et sévère dans son résultat ? Peut-être par ses origines de fermier brésilien, peut-être également par la connaissance qu'il a eue et qu'il a toujours des réalités économiques mondiales, peut-être simplement parce qu'il aime l'humanité : " je rêve que la planète entière s'arrête de travailler pendant une journée pour financer un débat planétaire sur la condition humaine ".

LES ANNEES D'ETUDE

Sphotographieebastiao Ribeiro Salgado est né le 8 février 1944au Brésil dans une ferme de la région du Minas Gerais. Il passe une petite enfance paisible dans ce cadre puis sa famille vient s'installer dans la ville d'Aimores en 1949. Enfant intelligent et bien encadré dans une famille aimante, il poursuit des études normales qui l'amènent naturellement aux portes des plus grandes universités brésiliennes notamment dans le domaine de l'économie à Vitoria (état d'Espirito Santo) entre 1964 et 1967. Parallèlement à sa réussite universitaire, il rencontre au cours de cette période : Lélia Deluiz Wanick, étudiante en architecture qui devient sa femme le 16 décembre 1967. Conclusion de ces années d'études sur les bancs des écoles brésiliennes, Il décroche en 1968 : une maîtrise d'économie de l'université de Sao Paulo et de l'université de Vanderbilt au Etats-Unis. Ces diplômes en poche ne lui donnent aucun mal pour se faire alors une place dans le ministère brésilien des finances.

Nous pourrions penser que cette vie finalement bien rangée ne lui apporte aucune opportunité dans le domaine de la photo malgré une passion sans doute vivace au cours de ces premières années de travail, mais un événement alors imprévu vient bouleverser cet ordre établi. En 1969, suite au coup d'état militaire, ses activités politiques l'obligent à fuir le Brésil pour se réfugier en France avec sa femme. Il reprend alors des études à l'école nationale de la statistique et de l'administration économique : avec succès puisque cela le conduit à décrocher un doctorat d'économie de l'université de Paris en 1971.

photographieDe 1971 à 1973, il travaille en tant qu'économiste au département investissement de l'Organisation Internationale du Café à Londres et ceci en partenariat avec l'O.N.U. et le Fonds Européen pour le Développement. C'est grâce à ce travail, qui l'amène à faire de très nombreux voyages notamment en Afrique, qu'il découvre réellement les possibilités de la photo dans la confrontation avec la réalité. C'est le deuxième événement qui va être définitivement à l'origine d'une véritable passion de l'image pour les causes mondiales.

SYGMA

photographieEn 1973, il démissionne de son travail d'économiste pour se consacrer entièrement à sa passion, c'est le début d'une grande aventure humaine qui d'agence en agence le conduira à explorer toutes les misères du monde. D'abord freelance en 1973 où il travaille essentiellement avec la presse catholique, il rejoint très vite en 1974 l'agence SYGMA suite à l'énorme succès de son reportage noir et blanc sur le Sahel et l'Ethiopie qui d'emblée le fait rentrer dans la cour des " grands ". C'est pour lui une année de transition bien involontaire mais qui lui donne tout de même l'opportunité de poursuivre son œuvre en Angola, au Mozambique et au Portugal suite à la " révolution des Œillets ".

GAMMA

Déçu par l'absence de communication et d'échanges entre les photographes de l'agence, il quitte SYGMA un an après pour rejoindre en 1975 l'agence GAMMA. Il y apprend définitivement le métier de photoreporter en côtoyant des photographes comme Depardon, Gaumy ou Abbas mais à l'inverse de ces derniers, il préfère s'investir dans des reportages de longue haleine qui l'obligent à rester parfois, dans des régions oubliées de l'information et d'extrême misère, de nombreux mois. Cette démarche photographique le caractérise alors par rapport à ses confrères et le met un peu en marge de la profession. Dans cette optique, il mène alors un projet en Amérique latine en 1977 qui le conduit bien souvent à faire de nombreux voyages les années suivantes dans les milieux pauvres paysans, ces voyages donneront naissance plus tard à l'ouvrage : " autres Amériques ".

MAGNUM

C'est tout naturellement qu'il rejoint en 1979 l'agence MAGNUM. Il restera fidèle à cette agence pendant 15 ans, le temps pour lui d'atteindre définitivement la consécration. En 1981, il est l'un des témoins photographiques privilégiés de la tentative d'assassinat du président américain Ronald Reagan à Washington, c'est le scoop et les répercussions sont immédiates car au-delà de ces images d'attentat ; le public découvre un véritable photographe humaniste.

photographiePendant cette période d'intense activité, il cumule également les récompenses en particulier le prix Eugène W. Smith pour la photographie humanitaire en 1982 et le prix Oskar Barnack en 1985 pour son travail sur les effets dévastateurs de la sécheresse au Sahel. En 1986 enfin, suite à la publication des ouvrages " autres Amériques " et " Sahel, l'homme en détresse ", directement issus des travaux d'exposition réalisés en 1982 et en 1985 sur les mêmes thèmes, il est consacré " meilleur journaliste photographique de l'année " par l'International Center of Photography de New-York.

Il est au sommet de la consécration, il faut pour lui nécessairement retrouver d'autres sujets et reprendre son bâton de voyageur photographe. Toujours dans la lignée de ses précédents travaux sur les milieux pauvres et déshérités, il entreprend alors un projet documentaire sur la disparition des industries manuelles dans le monde en 1987, sept ans seront nécessaires pour terminer ce projet et en 1990, l'exposition " une certaine grâce ", rétrospective de 20 ans de photos sur la lutte de l'homme pour sa survie vient conclure une décennie " Magnum " formidable. Le livre issu de l'exposition est publié la même année.

En 1993, c'est auréolé de nombreuses récompenses honorifiques et du titre de tout nouveau membre honoraire de l'" American Academy of Arts and Sciences " de Cambridge aux Etats-Unis, qu'il présente " la main de l'homme ", travail documentaire commencé sept ans plus tôt sur le déclin de l'ère industrielle. Mais, toute collaboration a une fin et en 1994, désireux sans doute de poursuivre son chemin seul, il quitte l'agence MAGNUM.

L'ACTION HUMANITAIRE

photographieSebastiao Salgado est sans agence. Il crée son agence AMAZONAS IMAGES alors avec sa femme Lelia en 1994, cette agence devient par la suite le moteur de son travail et son outil de communication privilégié. Sans doute plus indépendant, il souhaite aussi s'investir profondément dans des actions humanitaires d'envergure, non plus pour montrer seulement la misère ou le désespoir mais également pour devenir acteur et même initiateur de projets d'aides. Outre l'exposition " Serra Pelada " en 1995, sur le travail des hommes fourmis surexploités des mines brésiliennes à ciel ouvert, il s'engage en 1997 définitivement dans l'action humanitaire en partenariat avec l'association " Frères des Hommes " avec son ouvrage " Terra ", vaste opération de solidarité en faveur des paysans sans terre du Brésil et crée alors l'institut Terra dont le but est d'aider à la sauvegarde des ressources naturelles garantes de l'équilibre social et économique des régions menacées.

Reste qu'il est le photographe des grandes œuvres, six ans - entre 1994 et 1999 - lui auront été nécessaires pour produire un chef d'œuvre décliné en deux ouvrages : " exode " et " les enfants de l'exode " : jamais un photographe avec un travail de cette importance n'aura connu un tel engouement médiatique, professionnel et populaire. " Exode " : dénonciation par l'image de ces terribles et déstabilisants mouvements de population engendrant pertes de repères avec les traditions et pauvreté, devient dès sa parution en 2000, un best-seller. Il est au faîte de la gloire.

En 2001, il est nommé représentant spécial de l'UNICEF pour promouvoir les droits des enfants et documente par ses photographies l'initiative mondiale d'éradication de la poliomyélite organisée par l'OMS, cette action donne l'année suivante le jour à une exposition et un livre : " un effort global pour éradiquer la maladie ".

photographieA ce jour, Sebastiao Salgado est sûrement le photographe contemporain vivant le plus connu dans son domaine et une référence pour de nombreux photographes tant par sa technique typiquement Noir et Blanc que par sa conception du photoreportage.

Sebastiao SALGADO en 12 dates :

8 février 1944 Naissance de Sebastiao Ribeiro SALGADO dans une ferme du Minas Gerais (Brésil) 16 décembre 1967 Mariage avec Lelia Deluis Wanick
1969 Exil en France
1973 Début photographique en Afrique, Sebastiao démissionne de son poste de Haut Fonctionnaire pour se consacrer définitivement à la photo.
1974 Travaille pour l'agence SYGMA
1975 Quitte L'agence SYGMA pour GAMMA
1979 Devient photographe au sein de l'agence MAGNUM
1981 Témoin photographique privilégier de la tentative d'attentat contre Ronald Reagan, Sebastiao commence à être connu du grand public.
1986 Elu " meilleur journaliste photographique de l'année " par l'International Center of Photography de New-York.
1994 Départ tumultueux de l'agence MAGNUM et création de son agence AMAZONAS IMAGES.
2001 Nommé représentant spécial de l'UNICEF pour la promotion des droits des enfants.

Sebastiao SALGADO en 12 livres :

-Autres Amériques - Edition Contrejour Sebastiao SALGADO - 1986
-Sahel, l'homme en détresse Centre National de la Photographie et M.S.F. Jean LACOUTURE - Sebastiao SALGADO - 1986
- Sebastiao SALGADO - Centre National de la Photographie Christian CAUJOLLE - 1993
6 Workers, an Archaeologie of the Industrial Age Editions PHAIDON Shoshana ZUBOFF - Sebastiao SALGADO - 1993
- La main de l'homme - Editions de la Martinière Eric NEPOMUCENO - Sebastiao SALGADO - 1993
- 100 photos pour défendre la liberté de la presse Reporters sans Frontières Sebastiao SALGADO - 1996
- Terra - Editions de la Martinière José SARAMAGO - Chico BUARQUE - Sebastiao SALGADO - 1997
- Serra Pelada - Editions Nathan Souza MARCIO - Sebastiao SALGADO - 1999
- Exodes - Edition de la Martinière Sebastiao SALGADO - 2000
- Les enfants de l'exode - Editions de la Martinière Sebastiao SALGADO - 2000 ******Une certaine grâce - Editions de la Martinière Eduardo GALEANO - Fred RITCHIN - Sebastiao SALGADO - 2002
- L'éradication de la Polio - Editions Seuil Kofi ANNAN - Sebastiao SALGADO - 2003

Internet : Sebastiao SALGADO sur la toile

Le site officiel :
http://www.sebastiaosalgado.fr.tc/
L'agence AMAZONAS IMAGES :
http://www.amazonasimages.com  

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Michel Lecocq
Photographies d'auteur
Site : http://www.imago-michel.com/
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