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Li Zhensheng

Par Céline Tabou

photographie

Li Zhensheng photographie la Révolution Culturelle

Photographe de presse chinois qui a travaillé vingt ans pour le Quotidien du Heilongjiang, le journal du parti communiste du nord-est de la Chine, Li Zhensheng est devenu célèbre grâce à ces clichés en noir et blanc. C'est un miroir de la Révolution Culturelle entre effervescence et dérive de la révolution rouge.

« Le petit livre rouge d'un photographe »

Cet ouvrage est consacré à la vie et l'œuvre de Li Zhensheng. De nombreuses photographies montrent la vie quotidienne des chinois avant, pendant et après la Révolution Culturelle. Un cartouche sur la couverture du livre mentionne «Archives secrètes cachées pendant 40 ans». Secrètes car Li Zhensheng a du dissimuler les négatifs de certains clichés considérés comme «négatifs, montrant les dénonciations et les tourments infligés durant cette période» (1).

Le livre n'est pas seulement une succession de clichés sur l'histoire de la Chine lors de sa période la plus noire. Mais c'est le parcours d'un photographe courageux et engagé dans une révolution qu'il considérait juste au départ et qui prit des ampleurs néfastes. Bien loin de ce que chacun aurait pu croire.

Membre de la Commission permanente du Comité Révolutionnaire. Il a conduit des séances de critique contre des personnes qui auraient trahi la pensée de Mao ou accusées d'être des bourgeois. Li Zhensheng explique «En tant que membre de ladite commission, je m'efforçai d'accomplir mon devoir humainement». C'est-à-dire sans violence, sans perquisition ni haine mais avec compassion, «Je ne prétends pas en aucune façon être bon. Je n'étais pas dénué de compassion, voilà tout».

Toutefois, Li a eu droit aux coups et à la persécution en 1969, lorsqu'il a été accusé publiquement d'être «un nouveaux petit bourgeois» et un «agent de l'étranger». Lors de la séance critique, il a été blessé par les accusations pour certaines fausses et sans fondement. Mais c'est surtout l'interdiction de prendre des photos qui le touche le plus. Il est alors envoyé à la campagne pour être «rééduqué», réapprendre la pensée de Mao.


Des photographies humaines

Jean Philippe Béja (2) écrit dans son article, «Avec Li Zhensheng, on a l’impression de faire un tour dans les archives du comité du Parti de la province la plus septentrionale de Chine, le Heilongjiang». C'est un sentiment très présent lors de la lecture du livre car les images illustrent parfaitement la vie de Li Zhensheng et des gens qu'il rencontre.
Les images de la foule illustrent particulièrement l'effervescence et la passion que suscite Mao Zedong dans la population. La particularité des photographies de Li Zhensheng est qu'elles sont simples, à tel point que le spectateur ressent l'émotion du moment.

Viennent ensuite les photo de tribunaux révolutionnaires. Au centre est l'accusé et devant lui, une masse de personnes venue le critiquer. Li Zhensheng photographie les accusés, par exemple, les sept secrétaires du Comité provincial du parti (Li Fanwu, Wang Yilun, Chen Lei, Ren Zhongyi, Li Jianbai et Tan Yunhe), les moines du Temple du Paradis (Jilin), le 24 aout 1966. Ces derniers sont obligés de renier les textes bouddhiques en tenant une banderole où est inscrit: «Au diable les Écritures bouddhistes. Ce ne sont que des pets de chines». Dans leur idéologie d'«écraser le vieux monde», de nombreux temples, monuments et églises sont pillés et incendiés. Les Gardes Rouges ont pris pour cible la religion, l'éducation, tout ce qui a trait à l'étranger.

En 1968, plusieurs évènements le touchent. Tout d'abord, son mariage avec Zu Yingxia, rédactrice et membre du groupe rebelle qu'il a créé deux ans plutôt, «Équipe de la jeunesse rouge combattante». Puis, quelques mois plus tard, il photographie les corps de cinq personnes lors de la Fête des Morts à Harbin. Les condamnés étaient accusés d'avoir fait paraître un pamphlet intitulé «Regard vers le sud». Les autorités ont jugés ce texte de «révolutionniste soviétique», Li Zhensheng a immortalisé les visages de ces quatre hommes et une femme alors que leurs corps étaient en pleine décomposition.

Des années plus tard, il écrit: «Si vos âmes sont hantées, je vous en prie, ne me hantez pas moi aussi. J'essaie simplement de vous aider. J'ai fait des photographies de vous parce que je voulais immortaliser l'Histoire. Mais je veux que les gens sachent qu'on vous a bafoués».
Derrière chaque cliché de Li Zhensheng se cache une intention plus profonde que celle de montrer, «Grâce à des photographies qui parlent d'elles mêmes, je tiens à montrer au monde la Révolution Culturelle: un mouvement qui contraignit les gens à se monter les uns contre les autres pour survivre et nous étions tous des victimes, tant ceux qui furent battus et tués que ceux qui infligèrent des souffrances aux autres».

Notes:
1. « Le petit livre rouge d'un photographe », édition Phaidon, 2003, p. 203;
2. Jean-Philippe Béja, « Li Zhensheng, Red Color News Soldier », Perspectives chinoises n°87, 2005.
http://perspectiveschinoises.revues.org/document689.html.

Sites Officiels:
http://lizhensheng.blshe.com/ (Chinois)
http://www.red-colornewssoldier.com/ (Anglais)

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Céline Tabou
Evènements, Asie
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