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Les autoportraits de Kimiko Yoshida

Par Céline Tabou

photographie

Cachée derrière une palette de monochrome, la photographe Kimiko Yoshida se met en scène mais pas en avant. Produisant principalement des autoportraits, l'artiste rejette le conformisme japonais.

Née en 1963 à Tokyo, Kimiko Yoshida est diplômée des Arts de l'Université de Tokyo en 1986. Avant d'être la photographe de talent que l'on connait, la jeune femme était durant quelques années, créatrice de mode dans la capitale nippone. Elle commence alors des études de photographie à l'âge de 32 ans en intégrant l'une des écoles de Tokyo. Quittant son Japon natal en 1996, elle intègre l'École Nationale de la Photographie d'Arles et trois ans plus tard, elle est présente sur les listes du Studio national d'Art contemporain à Le Fresnoy.

Se définissant comme une personne « nomade, vagabonde et fugitive », elle s'imprègne des cultures, ethnies et époques différentes pour créer. La     photographe, à travers ses autoportraits, tente d'exorciser ses démons à l'aide de légendes, souvenirs, rêves et fantasmes. Marquée par la vision traditionaliste de la femme japonaise notamment lorsque sa mère lui confie qu'elle ne connaissait pas son époux avant le mariage. C'est un choc pour elle qui va d'une certaine manière définir son travail. En effet, elle se défait de la « servitude ancestrale du mariage arrangé et le destin humilié des femmes » en se mettant en scène vêtue d'une robe de mariée pour son exposition intitulée « Marry Me » en 2003.

Son art est particulier,  unique et « ne porte pas sur l'identité mais sur l'identification ». On comprend alors ces clichés qui mettent le spectateur face à l'artiste sans que celle-ci ne se mette en avant. Déguisée, maquillée et cachée, elle cherche à « être plurielle, (à) devenir universelle ». d'ailleurs, elle ajoute « La question qui se pose n’est pas : "Qui suis-je ?", mais plutôt : "Combien suis-je ?" » .

Elle arrive avec succès à être « universelle » car les galeries du monde entier veulent exposer ses photos: Belgique, Pologne, Espagne, Italie, Portugal, France, Chine, Japon et États Unis. L'Orient et l'Occident sont fascinés par la monochromie faisant passer le modèle pour un objet, oubliant ainsi l'artiste pour se concentrer sur le cadre, la couleur; les accessoires, le maquillage et les vêtements. Elle reçoit par ailleurs en 2005 à New York, le prix international de la photographie dans la catégorie « Self portrait ».

Pourquoi le monochrome? La Photographe explique à Jean Michel Ribettes dans l'ouvrage qui lui est consacré « Tout ce qui n'est pas moi » aux édition Actes Sud en 2007 qu'«en regardant vers la monochromie (…) chacun de mes autoportraits se présente comme une émergence, un effacement. Cette représentation paradoxale d’une figure qui tend à disparaître, s’évanouir ou se fondre dans la monochromie vise à un impossible, une impuissance, une précarité (…) ».

La monochromie permet de mettre en valeur des accessoires avec lesquels elle se met en scène tels que des lettres de l'alphabet, des coiffes traditionnels japonaises ou africaines mais également des masques d'Opéra Japonais. Chaque autoportrait est différent car pour elle, « La transformation m’apparaît comme la valeur ultime de l’art ». Entre mariée traditionnelle japonaise, « déesse noire », « guerrière amazone » et « prêtresse aztèque », Kimiko Yoshida nous entraîne dans un univers de couleur et de forme pouvant être fascinant ou effrayant mais toujours avec raffinement. Elle le dit elle même « (…) Je regarde mon autoportrait avec une sorte d’inquiétude comme une pure image, c’est-à-dire comme une puissance fascinatoire et terrible, que sa signification projette hors d’elle-même."

Pour plus d'information, vous pouvez aller visiter le site de Kimiko Yoshida: http://www.kimiko.fr

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Céline Tabou
Evènements, Asie
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