A+ A A-

L'après guerre

  • Published in Histoire

L'après guerre


Par : Alain Rio


Du photojournalisme et de l'humanisme


photographieIl faut bien comprendre le contexte dans lequel la photographie humaniste s'installe. La deuxième guerre mondiale a été un spectacle d'horreurs que nul philosophe, nul théologien, ni même écrivain n'a pu retranscrire dans toute son horreur et sa férocité.

Les photographies de Robert Capa, telle celle où l'on voit un républicain de la guerre d'Espagne, dans un terrain vague sinistre, tomber à la renverse après avoir été atteint par une balle ennemie, ou même celle du débarquement en Normandie, offrent aux lecteurs des magazines de l'époque (" Life ", aux Etats-Unis, " Vue " en France) une vision si crue et cruelle de la condition humaine, qu'elles influenceront largement l'opinion publique d'après guerre.

photographieMême si l'esthétisme pictural est toujours de mise, cet esthétisme sera mis au service d'une vision qui exprime l'engagement du photographe dans le monde. Le photographe capte et transmet l'horreur, en même temps que son engagement en tant qu'homme ! Il dénonce, avec une grande force émotive, ce qui, à travers l'actualité, atteint à la condition humaine.

De là, jaillit en 1947 l'agence Magnum. Elle est le fruit de l'association des photographes indépendants Robert Capa, David Seymour, Henri-Cartier-Bresson et George Roger. Aujourd'hui encore, cette agence propose à ses clients et aux lecteurs de ses clients ces images qui, du Vietnam au Rwanda, en passant par la Bosnie en guerre, plus récemment l'Asie, montrent une vision inquiétante de ce que vivent les hommes. Aussi parfois génèrent-elles une forme d'apaisement malgré l'adversité, tels ces clichés de méditation de la mère Thérésa au cœur de Calcuta par Raghu Rai.

On peut se mettre à espérer que " cette guerre " du photographe " contre la guerre " ou les guerres du quotidien pour la survie, assagira un jour les hommes. Je fais référence ici à cette " Krieg dem Krieg ", par laquelle l'objecteur de conscience et photographe allemand Ernst Friedrich, essaya de sensibiliser l'opinion publique dès les années 1920. Il montra un tableau terrifiant de la première guerre de l'ère industrielle, dans l'espoir qu'elle serait la dernière de ce type. Ce précurseur d'un nouvel âge de la photographie n'était-il qu'un vain utopiste ?

Sources :

- " Warfare, photojournalism and witnessing " article de Leigh Turner, paru dans the Canadian Medical association. Journal. 6 janvier 2004

- Dossier Thémadoc - "La photographie en France (2) - de Lartigue à Man Ray"
Auteurs : Françoise Denoyelle (historienne de la photographie, professeur des universités. Ecole nationale Louis Lumière) Gérard le Cadet (professeur agrégé de lettres, enseignant option histoire des arts, lycée Pablo Picasso)


Sur le web :

- Une page dédiée à Robert Capa : http://www.photo-seminars.com/Fame/capa.htm

- Site de l`agence Magnum : http://www.magnumphotos.com


Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :


Chronique par Alain RIO
Blog : http://noravr.blog.lemonde.fr/
E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.