A+ A A-

Philippe Taurinya - Galerie Peter's Friends

Interview de Philippe Taurinya
Manager de la galerie Peter's Friends

Par Jean-Philippe Klein

Quelle est la part de la photographie dans l'activité de votre galerie et selon quels "critères" choisissez-vous  les artistes photographes ?


photographieLa galerie depuis un an a pris une orientation pluridisciplinaire et je m'attache dans sa programmation à mêler les styles autant que les mediums. Nous fonctionnons un peu comme l'air du temps, toujours changeant. Cela dit, la photographie, au hasard des rencontres et des coups de cœur a pris naturellement une grande place chez nous, puisque l'année dernière nous aurons produit plus de 5 expos photo. Et l'année prochaine s'annonce riche avec, en novembre, une expo phare… encore secrète.

Nos critères n'en sont pas. Je suis moi-même ex-directeur artistique et j'ai depuis les années 80 côtoyé un grand nombre de photographes, aujourd'hui reconnus et très courus. Mais ce qui m'intéresse personnellement c'est la nouveauté. Et cela passe d'abord par la découverte des talents, autant que des styles ou des sujets. David Hamilton a exposé chez nous en 2004, mais c'est un peu l'exception qui confirme la règle. Nous avons préféré en 2005 un photographe russe quasi inconnu en France, Vladimir Telepnev, à la grande Irina Ionesco avec qui nous avions un projet depuis avorté, et nous avons produit la première exposition parisienne de deux jeunes photographes : Philip Ducap et Alexandre Moulard (actuellement et jusqu'au 8 juillet). Vous voyez, nous savons prendre des risques, pourvu que le cœur nous donne raison.

Ce que je recherche également dans mes sélections, c'est la capacité d'un artiste -et de son œuvre- à dépasser le cadre figé de l'exposition et à offrir des débouchés autres. L'expo que nous programmons en ce moment, par exemple, a donné lieu à un projet d'édition, et celle de novembre sera la base au lancement d'un livre de poèmes illustré des photos que nous exposerons. Chez moi le marketing est une seconde nature ; inutile de la chasser elle revient au galop.

Comment percevez vous en France, en Europe et dans le monde l'évolution du marché de l'art en matière de photographie ?


photographiePeut-on parler, en France d'évolution ? Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres les Américains nous précèdent. Mais je ne sais pas si nous aurons la capacité à les suivre, voire les rattraper. Les anglo-saxons collectionnent la photo depuis ses débuts ; en France, la photo est encore perçue plus comme le moyen d'illustrer que comme un Art. Les collectionneurs sont rares et les grandes ventes portent sur des valeurs sûres et passées (Man Ray, Cartier-Bresson, Brassaï, …).  La photographie moderne ne perce que dans des expos événement, mais les ventes ne suivent pas. Pourtant, la plus forte progression du marché de l'art international depuis 5 ans se fait sur la photographie. Les Français aiment la photo mais dans des livres sur leur table basse, pas encore sur leurs murs. C'est aussi pour cette raison que je m'attache à présenter de jeunes artistes ; parce que leurs  prix sont abordables et cela aide le public à aborder la photo.

L'arrivée du numérique va-elle bouleverser le marché de la photo d'art (au plan technique et conservation des oeuvres, signature et authentification, reproduction...) ?

Il le bouleverse déjà beaucoup. Et pour revenir à la méfiance des Français sur ce marché, le numérique en porte une grande responsabilité. J'ai encore souvent des clients qui s'enquièrent de savoir si le négatif est détruit après la série de tirages annoncée (!) ; imaginez leur réaction quand on parle de numérique. C'est bien la preuve d'une défiance vis-à-vis des techniques de reproduction. Les artistes, de ce point de vue, n'aident pas beaucoup ; de l'un à l'autre vous rencontrez des logiques qui s'opposent sur le rapport nombre-prix.

Mais la mutation est en marche, il faut faire avec. Aujourd'hui, sur 10 photographes qui me montrent leur travail, 4 travaillent en numérique et sur les six " classiques ", 4 autres passent par une étape de scan et de retouche numérique. Donc 8 expos sur 10 réunissent des tirages numériques. Alors, moi j'impose à mes artistes de laisser sur l'image ou au dos un témoignage, une dédicace faite à l'acheteur. Cela n'évite pas l'écueil du nombre de copies, mais cela personnalise et valorise l'oeuvre que nous vendons.


Paris, 16 juin 2006

Infos pratiques

Galerie Peter’s Friends
Jardin du Palais Royal
25 galerie Montpensier
75001 Paris
Site web : www.carrevip-paris.com

En savoir plus sur l'auteur de cet article 

Propos recueillis par Jean-Philippe Klein