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Gilles Caron

  • Published in Biographies

Gilles Caron

Par Roland Quilici

Gilles Caron,
ou le mythe du photo reporter Français

Gilles Caron est l'illustration des grands photographes dans la tradition du photojournalisme à la Française. 

photographieGilles Caron a marqué les esprits par ses images emplies d'humanisme.Vous connaissez sans doute sa célébrissime image de Daniel Cohn-Bendit, avec son air malicieux, prise au grand angle devant la Sorbonne face à un CRS lors de ce mois de mai 1968. Il existe beaucoup d'autres images qui défient le temps, preuve que ce photographe a laissé son empreinte. Ce n'est pas le fruit du hasard s'il est de nouveau sur le devant de la scène.

photographieGilles Caron est né à Neuilly sur Seine, le 8 juillet 1939, d'une mère écossaise et d'un père français. Il vit à Maisons-Laffitte et se passionne pour l'équitation. Après le divorce  de ses parents, il passe sept années en pension à Argentières en Haute Savoie avant d'envisager une carrière de jockey. Il y renonce après avoir obtenu une licence de gentleman rider. Il fait connaissance avec le fils du célèbre peintre André Derain et s'intéresse à la peinture. Il passe un an à l'école du Louvre et travaille dans une galerie d'art. 1957, après la mort de son père, il suit ses études au lycée Jeanson de Sailly à Paris, avant d'aller sur les bancs de l'école des hautes études internationales, pour  y apprendre le journalisme. En 1959 il pratique le parachutisme, ce qui lui servira lors des vingt deux mois de service militaire, passés en Algérie, au 3ème  régiment d'infanterie de marine aéroporté. Opposé à cette guerre, il fera deux mois aux arrêts de rigueur pour avoir refusé de combattre à la suite du putsch des généraux. Après son passage sous les drapeaux, en 1962, il épouse Marianne, une amie d'enfance avec qui il aura deux filles, Marjolaine et Clémentine.

photographieAndré Derain lui enseigne l'usage de l'appareil photo et il  décide de devenir photographe. Il travaille comme assistant chez un photographe de mode et de publicité, avant d'entrer à l'agence APIS, où il apprend le métier de photojournaliste.1966, il est assistant de Giancarlo Boffi et réalise des sujets de charme et d'actualité. Il fait la première page de France Soir avec la photo de Leroy-Finville, impliqué dans l'affaire Ben Barka, le lendemain de son arrestation.

Le 1er avril 1967, il fonde l'agence GAMMA, aux cotés de Raymond Depardon, Hubert Henrotte, Jean Monteux, et Hugues Vassal. Il n'a que 28 ans, mais il s'affirme déjà comme un photographe d'avenir. La publication dans Paris Match de son sujet sur l'entrée de l'armée israélienne dans Jérusalem, par le général Moshé Dayan, sera une de ses contributions à la notoriété de cette célèbre agence de presse française. Décembre 1967, il couvre l'enfer des combats au Vietnam, à Dak To, puis se rend au Biafra, petite province du Nigéria, où il croise Don MC Cullin, son homologue et rival anglais. Il  témoigne de la pauvreté et de la famine qui y sévit avant de se rendre en Irlande du Nord pour assister aux tragiques événements de Londonderry et Belfast. Puis c'est la Tchécoslovaquie où il est témoin de l'invasion des chars soviétiques et enfin le Tchad. Là-bas, il est pris en otage par les rebelles aux cotés de Raymond Depardon et Robert Pledge. Il passe un mois emprisonné avant d'être libéré et envisagera un moment de ranger ses " Nikon " au placard.

Avant de partir pour ce qui sera son dernier reportage, il déclare à Robert Pledge, son ami journaliste, devenu responsable de l'agence de Presse Contact Images :"Je vais partir au Cambodge. Ce sera vraiment la dernière fois. J'ai eu la baraka jusqu'à présent, mais il faut que je m'arrête. Cette fois, j'ai bien cru que j'allais y passer. " Le 5 avril 1970, il disparaît au Cambodge sur la route qui relie Phnom Penh à Saigon dans une zone contrôlée par les Khmers rouges, il est alors âgé de 31 ans.

Raymond Depardon lui rendra hommage dans un livre où il dit de lui : " Je pense que si, mieux que beaucoup d'entre nous, tu as fixé l'histoire de lieux aussi différents que Prague, le Vietnam ou Paris en mai 68, c'est que tu as toujours été autant un journaliste qu'un photographe, nous donnant l'exemple d'un nouveau photojournalisme, mieux informé, plus synthétique, plus engagé, qui prenait enfin parti contre la violence, contre la guerre, toujours.Tu me disais souvent : " J'en ai horreur ".

Raymond Depardon, dans la préface du livre  "Gilles Caron reporter",  publié aux éditions du Chêne en 1978.

photographieL'occasion nous est donnée de nous replonger dans un passé proche, pour redécouvrir des photos qui font partie de notre mémoire collective, comme pour mieux nous aider à comprendre l'importance du rôle qu'exercent les photojournalistes dans la diffusion de l'information et la compréhension de notre monde. Il faut saluer Raymond Depardon qui profite de sa qualité de directeur artistique et de son amitié pour Gilles Caron pour nous présenter ses images à la Maison des Rencontres d'Arles, au 10 rond point des Arènes du 4 juillet au 17 septembre. La sortie d'une nouvelle édition de Photo Poche est également d'actualité, ainsi qu'un livre pour qu'enfin Gilles Caron, son œuvre et son message soient connus de tous.

Roland Quilici

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Chronique par Roland Quilici
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