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Lewis Wickes Hine

  • Published in Biographies

Par Roland Quilici

Lewis Wickes Hine Photographe.

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Lewis Wickes Hine est né le 26 septembre 1874 à Oshkosh, dans l’état du Wisconsin (USA). Il est le plus jeune des trois enfants de Douglas Hull Hine et Sarah Hayes Hine, tous deux natifs de l’état de New York. D’origine modeste, Il passe son adolescence à San José, (Costa Rica), puis au Caire en Egypte, à New York, puis à Oshkosh, où ses parents ouvrent un restaurant. Quelques temps après avoir fini le lycée, son père décède dans un accident de voiture en 1890. A 16 ans il est contraint de travailler comme déménageur dans une fabrique de meubles, pour subvenir aux besoins de sa mère et de sa sœur. Il trime 13 heures par jour pour un salaire de 4 $ par semaine. Il enchaîne d’autres emplois : dans une banque, contrôleur dans une entreprise de nettoyage puis dans un magasin .Ces expériences dans sa vie professionnelle, le décide à mettre un terme à ces emplois sans avenir, il suit alors des cours du soir de sténographie, de dessin et de sculpture, avant d’entrer à l’Ecole Normale d’Oshkosh où il enseigne.

Il entame de brèves études de sociologie et de pédagogie en 1900 à l’Université de Chicago, où il suit ses premiers cours de photographie.

Il se lie d’amitié avec Frank E. Manny, professeur à la State Normal School de New York, qui vient d’être nommé superintendant de l’Ethical Culture School de New York (école privée). En 1901, à l’invitation de celui ci, il vient enseigner la géographie, la photographie, et les sciences naturelles. Il utilise l’appareil photo mis à sa disposition pour enregistrer les activités des enfants. La photographie lui sert de support quand il emmène ses étudiants à la campagne pour observer la nature, leur faire découvrir New York et ses alentours, montrer la vie économique de la ville et de ses habitants. Ils travaillent ensuite sur les images en relation avec les divers aspects de leurs études qui vont de l’Art à l’économie, en passant par la géologie.

1904, à son initiative, il choisit de photographier l’arrivée des immigrants dans le port d’entrée de la ville de New York. Ce projet s’intitule « Ellis Island Project » du nom de l’île dans laquelle débarquent les migrants. Cette même année, il épouse Sara Ann Rich à Oshkosh, s’installe à Yonkers, puis à Hastings-on-Hudson, dans la banlieue New Yorkaise.

1905, Hine reprend ses études, et obtient une maîtrise de sociologie de l’université de Columbia (New York). Sur les conseils de Manny, il continue à documenter le parcours des émigrants venus d’Europe et du monde, durant cinq ans. Hine est un homme de conviction, qui souhaite dénoncer la xénophobie dont font l’objet ces nouveaux arrivants. Il publie des articles sur les valeurs éducatives de la photographie, et exerce comme pigiste pour divers services sociaux, dont  le « National Child Labor Committee » (NCLC), et la «  National  Consumers League ».

Ses photos et son premier article paraissent en 1906, dans «The Outlook », puis dans « The Photographic Times » et « Everybody’s ».

1907, Il dirige le New York Photo-Club et côtoie Paul Strand (photographe et son ancien élève de l’Ethical School). Il propose ses  services à des associations de bienfaisance. Paul U Kellogg, éditeur du journal « The Survey » lui demande de réaliser dans le cadre du « Pittsburgh Survey», la première étude photographique sur la vie et les conditions de travail de la première ville industrielle américaine. Il collabore à ce projet au côté du peintre Joseph Stella.

Ayant pris conscience du pouvoir de l’image, il renonce à la sécurité de l'emploi, et abandonne l’enseignement. Il s’engage auprès de la commission du NCLC, (National Child Labour Committee) en août 1908.Il  organise des conférences, des projections, édite des brochures et des dépliants pour montrer l’urgence à légiférer sur les conditions de travail des enfants. Hine est persuadé que l’appareil photographique peut devenir un outil pour révéler et modifier les injustices sociales. C’est dans cet état d’esprit, qu’il fait œuvre, avec un style photographique qui se voit bientôt désigné de « documentaire social ».

Hine est sociologue, mais il se voit comme un artiste. Les poses, et les titres qu’il donne à ses images rappellent ceux attribués à la peinture. Bien qu’il ne s’inspire pas des traditions artistiques européennes, ses images s’inspirent de peintres comme Rembrandt. Il utilise une chambre Graflex au format 5 x 7 inch, qui requiert des plaques en verre sur un trépied en bois d’environ 25 kilos. Il utilise un flash au magnésium en poudre et un objectif grand angle. Sa première mission confiée par cette organisation présente les migrants dans les taudis, qui leur font office de logement.

Devenu photographe indépendant, il travaille au staff de la revue «Charities and The Commons», qui devient «The Survey», puis «Survey Graphics». Il dénonce l’illégalité à faire travailler des enfants en parcourant les USA. Enquêteur et photographe, salarié du comité de la NCLC, il réalise des reportages d’enfants dans des usines de verre et des ateliers de vanneries en Indiana, puis en Virginie. En un an, il parcourt plus de 18 000 kilomètres. Il publie  deux portfolios sur ce sujet en 1909 : «Child Labour in the Carolinas»  et  «Day Laborers Before Their Time».

Durant les années qui suivent, il porte son regard sur les filatures de textile du nord ouest et du sud, les mines de Pennsylvanie, et de Virginie, les fabriques de produits alimentaires du Maryland et du Mississipi, ou sur les enfants qui sont employés comme vendeurs de journaux ou coursiers, dans les grandes villes.
Le comité  l’envoie documenter les enfants qui moissonnent les champs de coton, de tabac ou ceux qui déterrent les betteraves. Hine cherche à affirmer sa vision esthétique pour servir son propos. Il y réussit avec ses portraits mémorables.

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Il opère contre la volonté des patrons, et n’hésite pas à changer d’identité ou de statut. Il se déguise en inspecteur de prévention incendie, en inspecteur de police, en vendeur de Bible, en agent d’assurance, en vendeur de cartes postales, ou en photographe industriel. Lorsqu’il se voit interdire l’accès, il photographie les enfants à leur arrivée ou à leur sortie des usines. Entre 1916 et 1917, il parcourt 80 000 mille kilomètres. Il réalise aussi des interviews dans lesquelles, il recense  les moindres éléments susceptibles d’être publiés dans  «The Survey», journal qui encourage à des réformes sociales. Son engagement contribue au Keating-Owens Act, une réforme dans la législation du travail pour les mineurs adoptée en 1916, partiellement appliquée, qui disparaît quelques années plus tard.

1912, il ouvre un studio à New York, achète un morceau de terrain pour y construire sa maison à Hastings-on-Hudson. Cette année voit la  naissance de son fils Corydon.

Il travaille à la diffusion de ses clichés, ainsi qu’à leur présentation, en donnant des conférences. L’affiche devient un élément essentiel pour propager le message au sein du département du Comité en 1914.

Nommé directeur des expositions de cet organisme, il participe en 1915 à l’exposition de la Pan-Pacific en Californie.

À ses débuts et jusque dans les années 1920, Hine a une approche purement sociologique de la photographie. Il déclare qu'il veut «montrer des choses qui doivent être corrigées».

Sa devise : « Laissez les enfants être des enfants».

1918, après de nombreuses  années d’activités, il fait face à la réduction de son salaire par la NCLC. Le public américain  préoccupé par la guerre,  se désintéresse des problèmes sociaux. Il accepte alors un emploi avec l’American Red Cross, qui consiste à photographier les camps d’entraînement américains pour la Croix-Rouge, les régions dévastées en France et en Belgique. Il suit les réfugiés à Salonique, Belgrade et Skopje et voyage en Italie, en Grèce et au moyen Orient. Après la signature de l’armistice, il mène une enquête sur les effets de la guerre dans les Balkans avec Holmer Folks, sociologue. Puis il publie «The Children's Burden in the Balkans» (1919). De retour à New York, il collabore de nouveau pour la Croix Rouge américaine. Il expose pour l’ouverture du musée de cette organisation en 1919 à Washington, D.C.

Entre 1922 et 1929, Hine est obligé de diversifier ses activités, il accepte  alors des commandes commerciales. Il retourne néanmoins à Ellis Island, en 1926 pour faire de nouvelles séries d’images, et réalise des photos sur les artisans au travail.

1924 il reçoit une médaille de l’ «Art Directors Club de New York» lors d’une exposition de photographie publicitaire.

Après son retour d’Europe, il change l’enseigne publicitaire de son studio, il inscrit «photographe interprète» en lieu et place de «photographe social».

Il est sur le point d’abandonner la photographie, faute d’argent, lorsqu’il est nommé photographe officiel sur le chantier de construction de l'Empire State Building. Il s’emploie à montrer au jour le jour, l’érection du gratte ciel le plus haut du monde à l’époque. C’est avec ces séries d’images qu’il acquiert une reconnaissance mondiale.

1930 Hine réalise différent portfolios, comme : «Through The Loom», qui sont diffusés par : le Musée de Brooklyn, le Muséum d’Art Moderne, et le Metropolitan Muséum, et présentés lors de l’exposition universelle de Chicago en 1933.

1932, il expose au Yonkers Art Muséum, puis publie : «Men at Work».

Dans cet ouvrage, il présente un florilège de ses meilleurs clichés.

Employé comme pigiste de manière irrégulière, il se trouve confronté à des problèmes financiers. En  1933, il travaille de nouveau épisodiquement pour la Croix-Rouge dans le sud des Etats-Unis et dans les montagnes à l'est du Tennessee, au Tennessee Valley Project.

Il reste comme l’un des premiers photographes américains, après Jacob Riis à utiliser la photographie comme un outil documentaire. Ce précurseur se voit écarté du grand projet photographique de la Farm Security Administration en 1935, par Roy Stryker qui ne l’apprécie pas, et le trouve trop vieux.

1936, il est nommé responsable du service photo pour le programme de recherche nationale de la Works Progress Administration, pour lequel il photographie des artisans et l’industrie américaine. Il rencontre de longues périodes sans travail.

1938, il se voit refuser une bourse pour photographier l’artisanat et les artisans américains, par la Sté Carnegie et la Fondation Guggenheim.

Il revient à Hasting-on-Hudson, près de New York, pour faire de la photographie commerciale. Il survit grâce aux allocations chômage. Dans l’impossibilité de payer le remboursement de sa maison, il s’acharne à continuer la photographie. Beaumont Newhall alors responsable du Muséum d’Art moderne de New-York reconnaît dans ses portraits une œuvre importante, malgré la propagande qui entoure son travail.

Berenice Abbott (photographe) et Elizabeth Mc Causland (journaliste et critique) l’associent  à  la Photo League, dans un projet intitulé : «Men at Work».

En janvier 1939, elles lui organisent une rétrospective au Riverside Muséum de New-York, aux côtés de Paul Strand et Alfred Stieglitz.

Janvier 1940, il perd sa maison, faute de pouvoir rembourser ses traites.

Quelques temps après le décès de sa femme, il meurt le 3 novembre 1940, à 66 ans des suites d’une intervention chirurgicale. Son fils fait don de 10 000  négatifs à la Photo League, qui les confie par le biais de Walter Rosenblum (photographe) à la «Georges Eastman House» à Rochester.

Lewis Hine est une figure importante de l’histoire de la photographie pour avoir fait preuve d’un engagement exceptionnel pour la classe ouvrière en général, et particulièrement pour le travail des enfants.

Sociologue, photographe humaniste, son engagement et ses photographies ont permis des changements notables dans sa lutte contre le capitalisme. La reconnaissance tardive de son travail réside dans le fait que ses idées politiques étaient jugées subversives. Pionnier, il reste comme ce que l’on nommera plus tard : un photographe concerné.

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Ressources Web

The New York Public Library
http://www.nypl.org/research/chss/spe/art/photo/hinex/empire/empire.html

Pour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique :

Chronique par Roland Quilici
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