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Essais sur le beau en photographie

photographieDANS LA BIBLIOTHEQUE D'OLIVIER DECK...

L'art, certes, doit toujours se renouveler, mais par essence il n'est jamais neuf. 

Edité pour la première fois en 1981, le titre original de cet ouvrage est: Beauty in Photography. Essays in defense of traditional values. Sans omettre de saluer le courage et la perspicacité de ce sacré petit éditeur de Fanlac, qui cultive des terres laissées en friche par les grandes maisons, la traduction de l'édition française, réductrice et craintive, tient du lapsus et mérite une chronique à elle seule, tellement elle est en contradiction avec le propos même du livre. En efet, Robert Adams inscrit la création photographique contemporaine dans une quête du beau riche de sa continuité, de sa tradition millénaire, davantage qu'elle ne se sauverait dans les bousculades du neuf et les vaines fractures, ces révolutions esthétiques qui trop souvent optent pour les miroirs trompeurs du « nouveau », quant il faudrait toujours leur préférer la calme assurance du « renouveau ». Voilà pourquoi je trouve qu'un parfum d'autocensure intellectuelle flotte sur ce titre, parfum qui offre un surcroît de sens et une justification plus ferme encore aux idées agitées dans l'ouvrage. Il semble que chez nous, le mot « tradition » effraye l'intellect et trouve des associations précipitées à l'obsolète, au remâchage, au provincial, en un mot, à la ringardise. L'auteur, lui, ose ce crime de lèse-intellect qui consiste à inscrire la création contemporaine dans la tradition du Beau et, poussant plus loin le bouchon, nous prévient d'emblée: il n'est dans son texte rien que de personnel, il ne jouera pas les érudits (là, il exagère...) et il veut simplement vérifier s'il partage avec son lecteur ce credo démodé: « l'art et la pratique ne font qu'un dans la vie. » C'est justement parce que je le partage, ce credo, que j'ai choisi de sortir aujourd'hui ce petit livre de ma bibliothèque. Six courts essais, comme six bols d'air frais. Six perles à lire et relire: Vérité et Paysage. La beauté en photographie. Pour faire évoluer la critique. Photographier le mal. Quoi de neuf dans l'art? Réconciliations géographiques.
Les titres, et leurs enchaînements, suffisent à évoquer la teneur des textes, je ne les déflorerai pas davantage pour préserver à tes papilles cérébrales toutes les joies de la dégustation, mais au fil des pages, la pensée de Robert Adams semblera familière à qui tente l'aventure existentielle de vivre artistiquement sa vie, à qui croit que la vérité est là. Peut-être que certains points de vue (en particulier sur l'approche du paysage) mériteraient d'être actualisés, à l'heure où le numérique est en train d'offrir à la création photographique des ouvertures nouvelles, mais lire ce texte, l'oublier pour le redécouvrir quelques années plus tard est un formidable exercice qui rappelle la place essentielle de l'humain au cœur de la création artistique, et nous dit qu'au fond, il n'y a pas d'art véritable qui puisse se passer de poésie, je parle de ce chant intérieur, ce pouvoir de transcendance de l'acte créateur. Ce mystère en l'homme qui permet à une photographie d'être davantage que ce qu'elle représente formellement, et de nous livrer image par image, comme goutte à goutte, l'essence du monde où nous vivons. Allez, pour la bonne bouche et parce que nous sommes en période d'agapes, je te laisse avec les mots d'Adams: Des poivrons semblent un sujet bien étroit, mais lorsque Weston les photographie, ils sont illimités.

À suivre...

ESSAIS SUR LE BEAU EN PHOTOGRAPHIE (ROBERT ADAMS)
éditions FANLAC, 19 euros

Remy PilliardPour en savoir plus sur l'auteur de cette rubrique
Chronique par Olivier Deck
Site : www.olivierdeck.com
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